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27 mai 2017
Saint Augustin de Canterbury
(mort vers 604)

 

 

 

Troisième lettre à Agnès de Prague

1 A sa Dame très honorée dans le Christ et sœur tendrement aimée, Agnès, sœur de l'illustre roi de Bohême , mais surtout sœur et épouse du souverain Roi des cieux,

2 Claire, très humble et indigne servante du Christ et des Pauvres Dames, joie du salut dans l'auteur du salut, et tout ce que l'on peut désirer de meilleur.

3 Les heureuses nouvelles que je reçois de ton épanouissement spirituel et de tes progrès toujours plus prometteurs dans la course que tu as entreprise pour conquérir la récompense des cieux me remplissent d'une joie dans le Seigneur et d'une allégresse d'autant plus intenses, 4 que j'y vois un merveilleux complément de la bien piètre imitation que mes sœurs et moi essayons de réaliser du Christ pauvre et humble.

5 J'ai donc bien sujet de me réjouir, et personne ne pourrait me ravir ma joie, 6 quand je vois réalisé ce que, dès cette terre, je désire : tu triomphes d'une manière terrible et surprenante des ruses de l'ennemi, de l'orgueil qui a jeté tout le genre humain dans sa perte, de la vanité qui sème la folie au cœur de l'homme ; tu en triomphes avec cette admirable sagesse que tu sembles tenir de la bouche même de Dieu ; 7 de toute la force de ta foi, tu tiens dans tes bras de pauvre le trésor caché dans le champ du monde et du cœur humain , trésor incomparable puisqu'il est acheté à Celui qui a fait toutes choses de rien. 8 Pour employer dans leur sens propre les termes de l'Apôtre , je te considère comme une auxiliatrice de Dieu même, comme le soutien et le réconfort des membres abattus de son Corps ineffable. 9 Qui donc m'interdirait de me réjouir à cette pensée ? 10 Réjouis-toi donc toujours dans le Seigneur, toi aussi, sœur bien-aimée, 11 et ne permets à aucune amertume, à aucun nuage, de venir assombrir ta joie, toi qui es ma Dame bien-aimée dans le Christ, toi la joie des anges et la couronne de tes sœurs.

12 Place ton esprit devant le miroir de l'éternité, laisse ton âme baigner dans la splendeur de la Gloire, 13 unis-toi de cœur à Celui qui est l'incarnation de l'essence divine , et, grâce à cette contemplation, transforme-toi tout entière à l'image de sa divinité. 14 Tu arriveras ainsi à ressentir ce que seuls perçoivent ses amis ; tu goûteras la douceur cachée que Dieu lui-même a, dès le commencement, réservée à ceux qui l'aiment

15 Sans accorder même un seul regard à toutes les séductions trompeuses par lesquelles le monde enchaîne les pauvres aveugles qui s'attachent à lui, aime donc plutôt de tout ton être Celui qui, par amour pour t i, s'est aussi donné tout entier, 16 lui dont le soleil et la lune admirent la beauté, lui qui prodigue des récompenses dont l'ampleur et la valeur sont sans bornes. 17 Je veux parler du Fils du Très-Haut, que la Vierge enfante sans cesser d'être vierge. 18 Attache-toi à cette très douce Mère qui a mis au monde cet enfant que les cieux ne pouvaient contenir ; 19 elle, pourtant, l'a contenu dans le petit cloître de son ventre et l'a porté dans son sein virginal.

20 Qui ne se détournerait avec horreur de l'ennemi du genre humain et de ses ruses ; il fait miroiter à nos yeux le prestige de gloires éphémères et trompeuses, et s'efforce par là de réduire à néant ce qui est plus grand que le ciel. 21 Car l'âme d'un fidèle, qui est la plus digne de toutes les créatures, est évidemment rendue par la grâce de Dieu plus grande que le ciel : 22 ce créateur, que les cieux immenses et toutes les autres créatures ne peuvent contenir, l'âme fidèle à elle seule devient son séjour et sa demeure ; il suffit pour cela de posséder ce que refusent les impies : la charité. 23 Celui qui est la vérité même en témoigne : "Celui qui m'aime, mon Père l'aimera ; moi aussi je l'aimerai, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure ".

24 De même donc que la glorieuse Vierge des vierges l'a porté matériellement, 25 de même toi tu pourras toujours le porter spirituellement dans ton corps chaste et virginal si tu suis ses traces, et particulièrement son humilité et sa pauvreté ; 26 tu pourras contenir en toi Celui qui te contient, toi et tout l'univers ; tu le posséderas de façon bien plus réelle et plus concrète que tu ne pourrais posséder les biens périssables de ce monde. 27 Beaucoup de rois et de reines de ce monde, dont l'orgueil voudrait s'élever jusqu'au ciel, jusqu'à toucher de la tête le firmament, se laissent au contraire abuser et séduire ; 28 et pourtant ... ils finiront bien par être réduits en pourriture !

29 J'en viens maintenant aux explications que tu m'as demandées, et voici ce que je crois devoirte répondre. 30 Il s'agit des jours de fête que notre glorieux Père saint François nous a prescrit de célébrer particulièrement, y compris, crois-tu, en ajoutant quelques aliments à notre ordinaire.

31 Tu sauras ceci pour ta gouverne : sauf pour les malades et les sœurs particulièrement fragiles (auxquelles saint François nous a bien recommandé et ordonné de procurer avec le plus grand dévouement possible tous les aliments sans considération d'interdiction de règle), 32 aucune de nous, pourvu qu'elle soit saine et valide, ne devrait jamais suivre un autre régime que celui du carême , et cela aussi bien les jours de fête que les fériés ; le jeûne devrait être perpétuel, 33 sauf le dimanche et le jour de Noël : ces jours-là, il nous est permis de prendre deux repas. 34 Les jeudis ordinaires, le jeûne est laissé au gré de chaque sœur, et celle qui préférerait ne pas jeûner doit être laissée libre. 35 Quant à nous qui nous portons bien, nous jeûnons tous les jours sauf le dimanche et le jour de Noël. 36 Nous ne sommes pas non plus obligées de jeûner durant le temps pascal, ainsi que nous le savons par un billet de saint François , ni aux fêtes de sainte Marie et des saints Apôtres, à moins qu'elles ne tombent un vendredi. 37 Comme je l'ai dit plus haut, nous qui sommes bien portantes et valides, nous nous contentons chaque jour des seuls aliments permis en carême.

38 Cependant, nous n'avons pas un corps d'acier ni une solidité de granit ; 39 nous sommes faibles et sujettes aux infirmités de la nature. 40 Aussi je te prie, sœur bien-aimée, de modérer avec sagesse et discernement la rigueur exagérée de ton abstinence dont j'ai eu des échos. 41 Et je te demande dans le Seigneur de vivre pour le louer, de rendre raisonnables les hommages que tu lui rends, et de toujours assaisonner ton sacrifice du sel de la sagesse .

42 Je te souhaite une santé aussi bonne que je puis le désirer pour moi-même. Souviens-toi, dans tes saintes prières, de mes sœurs et de moi.

 

© Monastère des clarisses capucines de Sigolsheim