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24 novembre 2017
Sainte Flora
(IXème siècle)

 

 

 

Vie de Sainte Claire

Claire est née en 1193 ou 94, et a connu une enfance relativement choyée dans le milieu féodal de l'époque. Tout de même elle connut l'exil à Pérouse, de 1198 à 1203, du temps où François guerroyait avec la commune d'Assise contre les seigneurs de la ville ! Son père était un noble chevalier et sa maman, noble elle aussi n'avait pas froid aux yeux puisqu'elle a fait plusieurs grands pèlerinages (Rome, St Jacques de Compostelle, St Michel du Mont Gargan, puis la Terre Sainte), ce qui signifiait alors affronter l'insécurité des routes, l'inconfort et l'inconnu, mais dans l'esprit de foi qui marqua la chrétienté tout entière, et qui est une des caractéristiques du réveil religieux et évangélique du XIIème siècle, nous dit Marco Bartoli . Claire acceuillie par FrançoisOn rapporte aussi qu'elle était compatissante envers les pauvres et c'est auprès d'elle que Claire reçut toute l'éducation d'une jeune fille de son rang. Un témoin au Procès de canonisation dit que vers l'âge de 16 ans, elle refusa le mariage qu'on lui proposait. Par la suite, le jour des Rameaux 1211 ou 1212, après avoir reçu le rameau bénit des mains de l'Évêque, Claire rentre chez elle puis, le soir, s'enfuit de la maison paternelle pour rejoindre François et ses frères qui l'attendent solennellement à la Portioncule. François coupe  les cheveux de ClaireEn fait, François la reçoit à l'obéissance au même titre que ses frères ! Car d'après le témoignage de Béatrice, sa petite soeur, au Procès de canonisation, "Claire vendit tout son héritage, et une partie de celui du témoin, et donna tout aux pauvres. Et puis saint François lui coupa les cheveux devant l'autel de l'église de la Vierge Marie, dite de la Portioncule. Après quoi il la mena à l'église de Saint Paul des Abbesses"

Essais d'enlèvement de Claire aux bénédictinesCe monastère de Saint Paul des Abbesses, des bénédictines, est le plus important et le plus riche de la contrée. Mais Claire arrive comme servante, selon sa nouvelle condition sociale puisqu'elle n'a plus de dot. Et cela explique la réaction violente de sa famille qui voudrait la faire renoncer à une telle "bassesse". Claire leur résiste victorieusement, mais ne semble pas trouver la paix. La décision de quitter ce monastère abondamment pourvu de "privilèges", semble liée au désir que toute sa vie soit pauvre, y compris sa maison et l'église où elle prie... Dans cette perspective, le 2ème lieu de vie de Claire apparaît intéressant : A Saint-Ange de Panzo, il y avait probablement un groupe de femmes menant ensemble une vie de pénitence, vivant des aumônes des passants, sans professer aucune règle officiellement reconnue. Pour Claire, c'est une prise de contact avec les nouvelles formes de vie religieuse que d'autres femmes autour d'elle s'étaient mises à créer à cette époque.

C'est là qu'intervient un élément nouveau : Sa soeur Catherine voulant suivre son exemple, quitta sa famille et rejoignit Claire. Thomas de Celano rapporte que "remplie de joie, Claire l'embrassa et lui dit : Je remercie Dieu, soeur très douce, de m'avoir exaucée dans ma sollicitude pour toi"(Vie Cl 24). Claire donc, depuis le début, ne pensait pas rester seule. Sa "sollicitude" qu'elle n'osait avouer qu'à Dieu seul, était d'avoir des compagnes, et d'abord sa soeur... Dans cette recherche de Claire, on peut faire un rapprochement avec François: lui aussi fit une brève expérience dans un monastère, et dans son Testament il dit "après que le Seigneur m'eût donné des frères, personne ne me montrait ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon la forme du saint Évangile..."(Test 14). Claire et François avaient eu des échanges en secret et pour l'encourager on peut supposer que François avait montré à Claire les étapes qu'il avait dû parcourir... En tout cas, Claire n'est plus seule et c'est pour elle une sorte de confirmation de la part de Dieu. La famille réagit encore plus violemment, puisque Catherine, à la différencede Claire, n'est pas consacrée... D'ailleurs,à la suite de cela, François la nommera "Agnès", en référence à la jeune martyre de Rome et "lui coupa les cheveux"(Vie Cl 26). Claire et Agnès constituent ainsi le début d'une nouvelle famille de vie religieuse, plus étroitement liée à l'expérience franciscaine. Et François les conduit à Saint-Damien, la petite Chapelle qu'il avait rebâtie de ses mains.
Claire a pu prendre conscience de ce que la vie religieuse de l'époque pouvait lui offrir. Elle ne s'y est pas sentie à l'aise, mais n'oubliera pas, plus tard, en rédigeant sa Règle, le meilleur de ce qu'elle y a trouvé...

Nous sommes donc en 1212. Dans son Testament, Claire écrit :
"...par la volonté de Dieu et de notre très bienheureux père François, nous allâmes demeurer à l'église de Saint-Damien, où en peu de temps, le Seigneur par sa miséricorde et par sa grâce nous multiplia, afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait prédit par son saint. Car avant cela nous étions restées dans un autre lieu, bien que peu de temps. Après cela, il nous écrivit une forme de vie, et surtout pour que nous persévérions toujours dans la sainte pauvreté..."(30-33). Durant ces deux séjours, Claire a vécu une période de probation, une sorte de noviciat auquel François lui-même la soumit avant de l'accueillir définitivement dans sa fraternité. Les frères mineurs vivent alors selon le "mode de vie"que François et ses premiers frères ont présenté au Pape Innocent III, qui l'a approuvé verbalement… Ce n'est qu'une ébauche qui évolue. Claire et ses soeurs (notons qu'elles se "multiplient"!), "promettent obéissance à François" (R Cl 6,1) et commencent à "observer le saint Évangile", avec cette "forme de vie" et sans doute les exhortations de François ou même son intervention et celle de l'Évêque pour modérer le jeûne excessif de Claire !
Mais arrive le IVème Concile de Latran, en 1215, et François y est allé. Entre autres, le canon 13 décide que les nouvelles formes de vie religieuse se rattacheront à l'une des 4 grandes Règles existantes. François peut bénéficier de l'approbation verbale du Pape, mais pas les soeurs... Juridiquement, Claire n'a pas beaucoup de choix : la Règle de St Augustin est inadaptée, car pour Claire la vie communautaire est première. Claire s'insère donc dans la tradition bénédictine, mais pour préserver sa spécificité, dès 1216 elle demande au Pape Innocent III le "Privilège de la pauvreté" (Vie Cl 14), qui garantissait aux Soeurs Pauvres de St Damien le droit de n'être forcées par personne à recevoir des propriétés et des revenus (historiquement, c'est le premier texte officiel de la famille franciscaine, et qui touche à l'essentiel du charisme !).

Donc, en 1216, alors que l'Ordre des frères n'a pas encore d'existence juridique, la Règle de St Benoît donne à Claire et ses soeurs une reconnaissance canonique, tandis que la "forme de vie" donnée par François et le Privilège de pauvreté expriment sa physionomie propre.

Mais à cette époque, en Toscane et en Ombrie, il y avait floraison de groupes de femmes désirant mener une vie religieuse, et beaucoup se tournaient vers St Damien. Le Cardinal Hugolin avait été chargé par Innocent III de régulariser leur situation.Très influencé par les cisterciens en plein essor, il se met à rédiger des "Constitutions" qu'il base sur la Règle de St Benoît et donne à tous ces groupes, y compris à St Damien, en 1219. Il y est beaucoup question d'austérités, la clôture apparaît, et pas un mot sur la pauvreté... A ce moment, François est parti en Égypte, l'Ordre lui-même connaît des difficultés et Claire se trouve très seule. Le texte d'Hugolin aura force de loi de 1219 à 1247, mais Claire veillera aussi à faire renouveler le Privilège de pauvreté par Hugolin lui-même devenu Pape sous le nom de Grégoire IX ! Agnès de Prague, une princesse qui va embrasser la vie de Pauvre Dame après avoir fondé un monastère en Bohême, demandera à Grégoire IX d'approuver la forme de vie de St Damien, mais il refuse et publie ce texte chaque fois qu'un monastère demande à vivre comme à St Damien. Agnès renouvelle sa demande auprès d'Innocent IV, celui-ci reproduit le document d'Hugolin mais en 1247, il publie une Règle de son cru. Le texte est encore proche de celui d'Hugolin mais il est important car il marque un tournant décisif : pour la première fois la Règle de St François est substituée à celle de St Benoît, (avec une conséquence qui ne ravira pas les frères : ils se voient confier le gouvernement et la direction spirituelle des Clarisses, et ce sera la source d'autres problèmes...). Mais, et il y a un mais de taille : tous les monastères peuvent désormais recevoir et posséder en commun... Inutile de préciser que Claire ne pouvait être satisfaite ! Ce texte aura une existence éphémère puisque le Pape lui-même lève en 1250 l'obligation générale de l'observer!

Claire se met donc au travail et rédige son propre texte, fruit de son expérience depuis 1212, c'est-à-dire de 38 ans de vie commune à St Damien avec :

  • comme fondement, la "forme de vie" de François et les Privilèges de pauvreté,
  • l'éclairage de la vie et des écrits (dont les Règles) de François, canonisé depuis 1228,
  • les diverses législations qui se sont succédées
  • et les échanges épistolaires avec Agnès de Prague et d'autres...

Il faut relever que c'est la première fois qu'une "Règle" est écrite par une femme pour des femmes ! Cette Règle sera approuvée par le Cardinal protecteur Raynald en 1252 et enfin par le Pape, le 9 Août 1253 à la veille de la mort de Claire.

Elle est donc bien le fruit et le combat de toute sa vie ! Et elle y exprime le coeur de son obéissance, au sens le plus profond : celui de la réponse à sa vocation essentielle de "fille et servante du roi très-haut"et "épouse de l'Esprit Saint", (François emploie ces termes quand il parle de la Vierge Marie mais également quand il s'adresse à Claire et à ses Soeurs !). Claire se reconnaît aussi comme François l'écrit à tous les fidèles (II L 49-53). "mère de notre Seigneur Jésus-Christ" car elle se sait appelée à le porter " dans son coeur et dans son corps, par amour et par une conscience pure et sincère, et à l'enfanter par de saintes oeuvres qui doivent luire en exemple pour les autres". Nous retrouverons des termes semblables dans ses lettres et son Testament.

Note : L'original de la Règle de Claire avait disparu et n'a été découvert qu'en 1893. Jusque là on ne possédait que des copies, avec toutes les possibilités d'erreur que cela suppose, d'autant plus que la plupart des monastères, pour diverses raisons avaient adopté une autre Règle donnée par le Pape Urbain IV à peine dix ans après la mort de Claire. Anticipant Vatican II de cinq siècles, Sainte Colette a fait rechercher dans les archives du Vatican la copie de la Bulle contenant la Règle de Claire. Elle la recopia mot-à-mot en 1430, y ajoutant un commentaire sur son observance qui devint par la suite les "Constitutions de la Réforme de Sainte Colette".

Nous avons relativement peu d'écrits de Claire ou de ses contemporains, en tout cas bien moins que pour François ! De plus, on sait que tout n'a pas été conservé, et il n'est pas exclu qu'on puisse encore retrouver des textes...!

Pour situer Claire, il peut être intéressant de faire rapidement la liste des femmes dont l'histoire, du VIIème au XIIIème siècle, a retenu les noms :

  • Égérie : récit d'un voyage en Orient au VIIème s,
  • Dhuoda, Manuel pour mon fils au IXème,
  • Hroswitha, moniale bénédictine qui composa des sortes de comédie pour ses soeurs au Xème s.,
  • Hildegarde de Bingen (1098-1179) grande mystique et visionnaire, que l'on redécouvre aujourd'hui en la mettant un peu à toutes les sauces !
  • Héloïse (1101-1164) et ses lettres à Abélard,
  • Herrade de Landsberg (+1195), chargée d'instruire les Soeurs de la Communauté des Chanoinesses de St Augustin au Mont Saint Odile en Alsace, elle rédigea " l'Hortus Deliciarum" sorte d'encyclopédie illustrée de 600 pages avant de devenir l'Abbesse du Monastère
  • Élisabeth de Schoenau (1129-1164), mystique et visionnaire bénédictine
  • Hadewijch d'Anvers, béguine flamande, mystique contemporaine de Claire

Parmi elles, Claire a une place originale, comme fondatrice d'un Ordre nouveau et aussi comme mystique.

 

© Monastère des clarisses capucines de Sigolsheim