Le monasTère dans les vignes
     

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27 mai 2017
Saint Augustin de Canterbury
(mort vers 604)

 

 

 

Le couvent des capucins
durant la guerre

VUE DU VILLAGE
En 1944, la communauté religieuse des Capucins est composée  de 18 Pères et Frères.
Voici un résumé du récit fait par le Père Ernest Hergott , dont la présence au Couvent a marqué cette période et sauvé des vies humaines.

L'enjeu des batailles de la libération à Sigolsheim fut la colline dont l'accès est commandé par le couvent des Capucins de l'Oberhof, tour à tour pris et repris par les Allemands et les Américains.

Le 7 Décembre 1944, les Allemands montent à l'assaut de la colline occupée déjà par les Américains. Les premiers blessés allemands sont amenés au couvent pour les soins d'urgence, puis transférés à Vieux-Brisach.
Le 9 Décembre, après de violents bombardements d'artillerie, première libération : les avants postes américains débouchent du nord-ouest de la colline et descendent au couvent. Ils le soumettent à une fouille rigoureuse et s'installent dans la partie Nord. Les Allemands quittent l'Oberhof et se replient à travers les vignes à l'extrémité Est du village tandis que les habitants du village se réfugient en masse dans les caves du couvent.
Dimanche 10 Décembre, vers midi, consternation est générale : Un capitaine allemand se présente avec trois hommes ! Sous la conduite forcée d'un religieux, l'officier inspecte toute la maison. On ne trouve plus un seul Américain, ils ont tous quitté le couvent à l'exception de John, blessé, qui n'a pu suivre ses camarades et qui en dépit de ses 2 m 03, a la chance de n'être jamais découvert. Avec lui, les capucins tiennent cachés quelques jeunes gens de Sigolsheim, déserteurs   ou insoumis, ainsi que plusieurs polonais prisonniers.

Le 19 Décembre, une grêle d'obus tombe sur le village et sur l'Oberhof. Les Américains contre-attaquent en plus grand nombre et descendent de la colline par le Neuweg, occupent le couvent et une partie de la rue de l'Oberhof. À la tombée de la nuit, le combat s'arrête. Au couvent, civils, religieux et soldats profitent du répit pour prendre le souper. Soudain, de tous côtés et tout près, le feu des mitrailleuses crépite. L'invraisemblable est devenu réalité : les Allemands sont revenus. Le bataillon allemand a pénétré dans l'enclos du couvent, prend le bâtiment du noviciat, lance des grenades vers l'entrée de la cave à charbons situé sous le chœur de la chapelle où se trouvent  80 personnes. Les Allemands font prisonniers les 6 soldats américains qui gardent l'entrée du sous-sol. La prise de la cave supérieure du bâtiment où s'abritent 200 civils s'effectue plus péniblement. Dans la nuit, les Allemands mettent le feu à une partie de la maison obligeant les civils à sortir et les 25 Américains à se rendre. Civils et religieux luttent contre l'incendie qui est maîtrisé à 8 h du matin, et les gens regagnent les caves dans l'angoisse.
Le 22 Décembre, nouveau bombardement américain, une quinzaine de bombes tombent sur le village et trois sur l'Oberhof, le toit et le premier étage s'effondrent, l'église du couvent est détruite, ainsi qu'une bonne partie du village. La nuit du 24, c'est le clocher de l'église du village de Sigolsheim qui flambe à son tour.
Le 27, dernier effort des SS qui ont relayé les unités de la Wehrmacht. Encerclés depuis Noël, ils tentent en vain de tenir la ligne de front passant juste derrière le couvent et se replient dans les  caves où la situation devient catastrophique et le ravitaillement problématique.
Le 28 Décembre, le Père Ernest Hergott sachant le village aux mains des alliés, demande à l'officier allemand l'autorisation de sortir avec quelques hommes pour aller puiser de l'eau. Il réussit à descendre au village, se faire conduire chez le capitaine américain et exposer la situation critique des 360 réfugiés de l'Oberhof. Il donne les explications nécessaires, propose une attaque et remonte par les vignes et s'aperçoit que la troupe ne suit pas. Retour chez  l'officier qui annonce qu'il est inutile de sacrifier des hommes puisque dans 20 minutes les bombardiers viendront faire le  travail. "Laissez-moi 15 minutes et je ferai le travail des bombardiers" réplique le Père. Il rentre au couvent auprès de l'officier qui l'a autorisé  à chercher de l'eau et lui dépeint la situation militaire sous les couleurs les plus sombres pour les Allemands et somme l'officier de déposer les armes. Le Père conduit chez le capitaine les 30 prisonniers, deux à deux, les mains levées, évitant ainsi un ultime et fatal bombardement allié. La population peut quitter les lieux et se réfugier au-delà  des lignes de combat, mais les obus continuent de tomber jusqu'à la libération de la Poche de  Colmar le 2 Février 1945.
L'Oberhof et tout le village de Sigolsheim ne sont plus qu'un immense champ de ruines, de décombres et de cadavres.

 

© Monastère des clarisses capucines de Sigolsheim