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24 novembre 2017
Sainte Flora
(IXème siècle)

 

 

 

Première Lettre à Agnès de Prague

1 A dame Agnès, vierge sainte et vénérable, fille de Son Excellence illustrissime le Roi de Bohême,

2 Claire, servante de Jésus-Christ, et inutile servante des Pauvres Dames recluses au monastère de Saint-Damien d'Assise, sa sujette et sa servante, exprime son respect tout particulier, se recommande toute à elle, et lui souhaite d'accéder à la gloire de l'éternel bonheur.

3 La renommée de votre sainte conduite et de votre vie irréprochable est parvenue jusqu'à moi ; elle est d'ailleurs répandue partout sur la surface de la terre. 4 J'en suis transportée de joie et d'allégresse dans le Seigneur, comme le sont aussi tous ceux qui servent ou désirent servir Jésus-Christ. 5 Alors que vous auriez pu jouir de toutes les flatteries et de tous les honneurs du monde, et accéder même à la plus haute gloire en devenant l'épouse légitime de l'illustre empereur, union qui convenait à sa majesté et à la vôtre, 6 vous avez renoncé à tout et vous avez opté, de tout l'élan de votre âme et de votre cœur, pour la très sainte pauvreté et pour le dénuement ; 7 vous avez choisi un époux de race plus noble encore : notre Seigneur Jésus-Christ, qui gardera pure et intacte votre virginité. 8 En l'aimant, vous resterez chaste ; ses caresses vous rendent plus pure encore ; sa possession consacre votre virginité. 9 Sa puissance surpasse toute autre, son lignage est le plus doux qui soit, sa grâce la plus parfaite . 10 Vous êtes désormais vouée à son étreinte, lui qui a orné votre poitrine de pierres précieuses, et suspendu à vos oreilles des diamants inestimables, 11 lui qui vous a revêtue de joyaux étincelants comme le printemps, et qui a posé sur votre tête une couronne d'or aux armes de la sainteté.

12 C'est pourquoi, sœur très chère, ou plutôt Dame que je ne saurais trop révérer puisque vous êtes à la fois épouse, mère et sœur de mon Seigneur Jésus-Christ, 13 armez-vous de courage pour le service de Dieu sous le glorieux étendard de l'inviolable virginité et de la très sainte pauvreté ; conservez au cœur le brûlant désir de vous unir au Christ pauvre et crucifié, 14 qui a souffert pour nous tous le supplice de la croix, qui nous a ainsi arrachés à la puissance du prince des ténèbres dont la faute de nos premiers parents nous avait rendus esclaves et qui nous a réconciliés avec Dieu son Père -.

15 O bienheureuse pauvreté, qui prodigue des richesses éternelles à ceux qui l'aiment et la pratiquent ! 16 O sainte pauvreté, en échange de laquelle Dieu offre et promet formellement le royaume des cieux, la gloire éternelle et la vie bienheureuse ! 17 O chère pauvreté, que le Seigneur Jésus-Christ a daigné préférer à toute autre chose, lui qui, de toute éternité, régnait sur le ciel et sur la terre, lui qui a parlé et tout a été fait ! 18 Les renards, disait-il, ont une tanière, et les oiseaux du ciel leur nid, mais le Fils de l'Homme, c'est-à-dire le Christ, n'a pas trouvé où reposer sa tête ; quand il a laissé reposer sa tête, ce fut pour jamais, et il rendit l'esprit .

19 Puisqu'un si grand et si glorieux Seigneur a voulu descendre dans le sein de la Vierge, puisqu'il a voulu apparaître au monde méprisé, nécessiteux et pauvre, 20 afin que les hommes, indigents, nécessiteux et affamés de nourriture céleste, devinssent riches grâce à lui en prenant possession du royaume des cieux, 21 exultez donc de joie, soyez épanouie d'un intense bonheur et d'allégresse spirituelle : 22 en préférant le mépris aux honneurs de monde, et la pauvreté aux richesses matérielles, en ne confiant pas vos trésors à la terre mais au ciel, 23 où ni la rouille ne les ronge, ni la moisissure ne les attaque, ni les voleurs ne s'en emparent , vous avez une ample récompense assurée dans le ciel, 24 et vous avez bien mérité d'être appelée sœur, épouse et mère du Fils du Père très haut et de la Vierge glorieuse.

25 Vous savez en effet, j'en suis certaine, que le royaume des cieux n'est promis et donné qu'aux pauvres par le Seigneur , car lorsqu'on s'attache à une chose d'ici-bas on perd le fruit de la charité. 26 On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon, car, ou bien l'un est aimé et l'autre détesté, ou bien l'un est servi et l'autre méprisé ; 27 un homme habillé ne peut lutter contre un adversaire nu, car ses vêtements fournissant prise, il sera aussitôt renversé ; on ne peut espérer vivre avec éclat dans ce monde, et régner avec le Christ dans l'autre; 28 un chameau passera par le trou d'une aiguille avant qu'un riche ait franchi la porte du ciel . 29 C'est pourquoi vous avez rejeté ces vêtements que sont les richesses temporelles, afin de ne pas être vaincue dans la lutte, et vous avez choisi le chemin rude et la porte étroite, afin de pouvoir entrer dans le royaume des cieux.

30 Quel échange merveilleux et admirable : laisser les biens de la terre pour ceux de l'éternité, mériter ceux-ci en abandonnant ceux-là, récolter cent pour un, et posséder à jamais le bonheur !

31 C'est pourquoi je supplie humblement votre majesté et votre sainteté, autant que je le puis, pour l'amour du Christ, de vous rendre vous-même toujours plus courageuse dans le service de Dieu, 32 de progresser sans cesse en vertu, afin que Celui que vous aurez servi de tout votre cœur daigne vous donner la récompense que vous souhaitez.

33 Je vous demande enfin dans le Seigneur de vouloir bien, dans vos prières, vous souvenir de moi, votre inutile servante, et des autres sœurs qui habitent avec moi ce monastère et qui vous sont toutes dévouées ; 34 puissions-nous, avec le secours de vos prières, mériter la miséricorde de Jésus-Christ et jouir avec vous de sa vision sans fin !

35 Adieu dans le Seigneur, et priez pour moi.

 

© Monastère des clarisses capucines de Sigolsheim